9-11 septembre 2022
Savon des Cantons

Savonnerie artisanale située à Magog, Savon des Cantons est un spécialiste du vrai savon de Castille. La boutique offre des produits de l’argousier, des huiles et des vinaigres infusés ainsi que des épices du monde. En plus des savons naturels, on y retrouve des soins pour le visage et pour le corps conçus avec des huiles précieuses qui nourrissent la peau. Venez humer la bonne odeur des parfums des savons artisanaux!

Crédit photo : John Londono

Auteure

Perrine Leblanc

Perrine Leblanc est originaire de Montréal. Elle a des racines profondes au Centre-du-Québec et surtout en Gaspésie, où elle habite depuis quelques années dans une maison ancestrale qui ressemble à beaucoup de décors de son univers romanesque. Dès la parution de L’homme blanc (Le Quartanier, 2011, Prix du Gouverneur général), sa trajectoire fulgurante l’a menée à devenir l’une des rares voix québécoises publiées dans la collection blanche aux Éditions Gallimard à Paris. Elle y a fait paraître à ce jour deux titres, dont Malabourg, qui lui a valu d’être finaliste au prix Françoise Sagan et qui met en scène le personnage d’Alexis, un parfumeur intensément passionné par son art au point de s’y perdre. Son prochain roman, Gens du Nord, sera disponible dès l’automne 2021. Cette œuvre fait déjà partie des grandes voix de la littérature québécoise contemporaine.

Extrait

Perrine Leblanc, Malabourg

Entre 8 et 9 heures, Alexis s’exerce devant un petit étalage qui porte le nom d’orgue à parfums. C’est Huysmans qui a imaginé, dans À rebours, cette représentation pratique de la palette d’odeurs que les parfumeurs du XXe siècle ont trouvé poétique et excellente. Ils ont donné forme à l’idée : une étagère en bois d’acajou, un hémicycle dans lequel sont classés, chez Alexis en tout cas, des dizaines de fioles d’essences, d’absolus, d’extraits de CO2, d’hydrolats, de résines, de baumes. Sur son bureau, près du réfrigérateur où sont conservées les essences les plus précieuses, sensibles à la lumière, se dégradant rapidement au contact de l’air, il y a des porte-touches et des touches disposées en éventail, des pipettes de verre, des compte-gouttes, une balance électronique pour peser les formules, un carnet florentin dans lequel il rédige à la main ses formules et des débuts de formules, puis un second carnet, à la couverture rouge, son encyclopédie d’odeurs personnelle dans laquelle il répertorie les matières qu’il découvre ou redécouvre, et ses impressions et les images qu’il s’est forgées pour développer sa mémoire : un mécanisme à dérouiller chaque matin.

Commentaire

Si vous observez attentivement autour de vous, la puissance des végétaux devrait vous apparaître dans toute sa splendeur. En premier lieu, celle des conifères odoriférants, les thuyas d’Amérique, et celle des grands pins blancs, celle des saules aussi, dont les Autochtones extrayaient l’acide salicylique comme anti-douleur. Laissez planer en vous l’odeur des champs environnants, qui laissent flotter dans l’air des alentours une charge olfactive qui rappelle celle des vieilles granges où dort le foin séché en hiver. Au Savon des Cantons ou à la Grange du Parfumeur, attardez-vous davantage au jardin d’odeurs où Alexandra Bachand puise en partie son inspiration pour créer de nouveaux parfums, comme le fait Alexis dans Malabourg en tentant d’évoquer la présence de femmes disparues au moyen de cet étrange clavier d’odeurs qu’est un orgue à parfums. Car telle est l’histoire précise de ce roman : redonner une nouvelle vie à des fleurs mortes pour qu’elles renaissent dans un parfum inédit, ce que le poète Stéphane Mallarmé décrit comme « l’idée même et suave, l’absente de tous bouquets ». Le charme d’un parfum qui titille notre narine tient à cette étrange opération de contenir le territoire dans une fiole, de faire mourir et fermenter des végétaux pour en préserver la quintessence à la façon d’un texte qui garde en lui une voix qui demeure pourtant silencieuse.

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