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La retraite des conifères

2e prix Jacques Allard - 2023

Leila Belarbi

La retraite des conifères

Trois hivers ont passés depuis la toute première fois que j’ai emprunté la route 117 menant au mystérieux territoire qu’est l’Abitibi. Rapid Lake, Lac-Simon, Val-D’or, Rouyn-Noranda, Amos, Pikogan et Matagami. Autant de noms inconnus et aperçus sur des pancartes qui, à travers chacune de ses traversées estivales, ont su devenir des points d’ancrages au milieu de ce royaume où l’épinette noire est reine. Cette région s’est offerte à moi dans toute sa splendeur et son immensité. Perdue dans ses multiples camps forestiers, je lui ai rapidement trouvé un charme, mais aussi une violence immense. Jamais je ne lui en ai voulu, elle ne sait qu’être elle-même, sauvage et dure pour les femmes et les hommes qui la côtoient jour après jour durant de longs étés. Elle m’a appris la patience, la résilience, le silence et l’écoute. Elle m’a permis de découvrir une force vivant en moi que je n’aurais jamais cru aussi pure et exponentielle. Chacun des arbres que j’ai mis en terre, que j’ai laissé entre ses mains, ont tranquillement changé ma vision du monde dans lequel nous évoluons. Malgré l’industrie forestière malade qui secoue ses racines à chaque seconde, cette région nordique ne manque pas une chance de nous impressionner avec ses animaux majestueux, ses armées de conifères et ses plantes indigènes. Toute la beauté du monde se cache dans les chemins d’hiver, les sentiers et les forêts sans fin qui dessinent ce paysage boréal. Le reboiser a été pour moi un honneur.

À la fonte des bancs de neige, je suivrai à nouveau les outardes. Nous briserons ce sommeil glacial, laissant nos pieds parcourir le sol et glisser nos pelles sous sa peau.