nos secrets dorment
entre l’orme et l’érable
et nos voix perchées
jusqu’à la cime des arbres
rejoignent le ciel
pour pavoiser
les beautés de nos forêts
quand tes larmes de joie
comme le flot de la sève
de l’érable entaillé
se déversent sur le lichen
tu me demandes
s’ il est possible
de tomber en amour
avec les arbres
lorsque la géographie
de nos corps
égarés entre la lumière et la brume naissante
se vautrent dans la nature
et que naissent tes désirs
comme ces matins empreints de plénitude
tu comprends cet amour
tu adores
le chant de la grive
tu épies
la chouette endormie
dans la cavité
d’un arbre
la forêt est ton refuge
d’ores et déjà
ton univers se meut
la nature est rongée par le pandémonium
des affres de l’humanité
saccage et coupe à blanc étoc
pour du bitume et des toitures
tu me parles
de nos espoirs ensevelis
sous les pluies diluviennes
les foudres incessantes
nos saisons
engoncées dans l’incertitude
du climat en pagaille
d’ores et déjà
tu pleures
la plainte des arbres
tombés au combat
sous le feulement du feu
quand il ne reste que des brèches
dans nos forêts calcinées
tu me parles
de renouer avec la quiétude
des espaces
où les oiseaux
psalmodient de bonheur
d’ores et déjà
tu souhaites refaire le monde
car tu portes sur ton dos
l’incompréhension
de voir les animaux
privés de leurs espaces
en itinérance dans les rues des villes
mais tu pleures encore
ne sachant comment
arrêter le carnage
du déboisement
pour ramener la faune
dans la forêt
le temps passe
dépasse les heures
nos forêts sont en apnée
et tu rages devant
l’inaction
nous sommes
la vie et le trépas
l’espoir et la déchéance
il te faudrait plus
de mains et de jours
pour éteindre la honte
des bêtises humaines
panser les blessures
des forêts balafrées
bafouées
d’ores et déjà
nos pieds valsent
dans le brouillard
à l’odeur de feu
une course contre la mort
quand nos jours
ne sont plus
qu’un compte à rebours
tu t’essouffles
à vouloir cueillir
nos désirs éparpillés
sur le sol fumant
avant que ne sonne le glas
de la terre
Cela fait trois semaines que j’ai envoyé le rapport de conformité de mon nouveau prototype désirant 3xB et je n’ai toujours rien reçu de la part des ingénieurs. Il me faut absolument leur accord afin de pouvoir l’envoyer rapidement à l’usine. Depuis le traité d’Oslo, les analyses de conformité et de sécurité obligatoires causent des délais gigantesques dans toute l’industrie. Chaque formule doit respecter ces nouvelles « lois du désir ». Si vous voulez mon avis, ces nouvelles lois sont complètement bidon.
Lorsque j’ai commencé à concevoir des formules désirantes, il n’existait que les trois lois fondamentales du désir :
C’est sur ces trois lois que l’industrie du désir s’est construite. Les fermes du désir cultivent les pulsions des gens directement depuis leurs appareils électroniques — comme des élevages de dopamine numérique. Puis les « usines du possible » transforment ces désirs bruts en produits commercialisables. J’ai vu passer de tout : le désir de likes Instagram transformé en addiction au yaourt probiotique, l’envie de reconnaissance mutée en besoin compulsif de chaussettes design.
Ce système attira rapidement les requins de la finance. Lors de la première bulle du désir il y a neuf ans, ces pionniers sont devenus les maîtres du monde. Aujourd’hui, toutes les corporations baignent dans cette soupe désirante.
L’an dernier, les militants du libre arbitre ont tenté de résister par l’abstinence. Certains groupes fanatiques s’infligent même le jeûne désirant total — pauvres fous qui croient échapper au système en ne désirant plus rien, pas même leur propre liberté.
Tout a basculé quand un lanceur d’alerte révéla l’alliance secrète de trois mégacorporations pour monopoliser les désirs de la population tout entière. Leurs PDG croupissent maintenant en prison, surnommés les « voleurs d’âmes ».
Je suis d’accord que ces parasites ont surexploité les désirs humains, mais ces nouvelles lois ne les arrêteront pas. Elles ne font que nous ralentir, nous les honnêtes artisans du désir.
Cette police du désir n’est qu’une mascarade gouvernementale pour mieux contrôler les pulsions citoyennes. Pendant ce temps, ma formule révolutionnaire pour cultiver le désir du thon en boîte — oui, du thon en boîte, il faut bien que les gens désirent quelque chose au supermarché — prend un temps fou à être approuvée. Mon patron va me tuer.
Nicolas Lupien – nic@betaflag.com – 21 août 2025