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À Marie Uguay, poétesse du désir et de la fragilité

1er prix Jacques Allard - 2025

Nathalie Rondeau

À Marie Uguay, poétesse du désir et de la fragilité

Marie,

Je t’écris depuis un lieu que tu connais bien : celui du tremblement.

Le désir m’habite comme une fièvre douce, une attente sans nom. Il ne se laisse pas saisir, il glisse entre les doigts comme l’eau d’un poème. Tu m’as appris que le corps est un territoire de lumière et de fracture, que le manque peut être fertile, que l’élan vers l’autre est parfois plus fort que la présence elle-même.

J’interroge mon désir. Est-ce une voix, une peau, un regard qui me traverse? Ou est-ce ce vertige de vivre, cette pulsation qui me pousse à écrire, à aimer, à ressentir si fort?

Tu disais : « Le corps est un pays dont je n’ai pas les frontières. » Moi aussi, je m’y perds. Je cherche les contours de mes désirs, je les dessine dans l’ombre, je les devine dans les silences. Ils ne sont jamais fixes. Ils changent de visage, de langue, de saison.

Parfois, le désir me fait peur. Il me déplace, me dérange, me dénude. Mais il est aussi ce qui me tient debout, ce qui me relie au monde, ce qui me donne envie de tendre la main, d’écrire une lettre, de dire : je suis là, vivante, vibrante.

Il y a en moi des désirs qui ne s’adressent à personne, mais qui m’habitent tout entière.

Le désir de liberté, par exemple — ce besoin de respirer sans entraves, de marcher sans chaînes, de penser sans cloisons. Il ne crie pas, il murmure. Il me pousse à dire non quand tout m’invite à me taire. Il me fait choisir l’errance plutôt que l’enfermement, même dans les certitudes.

Et puis il y a le désir de créer.

Ce désir-là est une faim. Une soif. Une nécessité.

Tu le connaissais bien, toi qui écrivais avec ton corps, avec ta douleur, avec ta lumière.

Créer, c’est désirer sans fin. C’est vouloir donner forme à l’invisible, offrir au monde ce qui n’existe pas encore.

Enfin, il y a ce désir de paix.

Pas la paix indolente, pas le silence imposé.

Mais la paix qui vient après le tumulte, après les batailles intérieures.

La paix qui ressemble à la douceur confiante d’un nouveau jour, à une main posée sur une autre sans rien dire.

Je la cherche dans mes gestes, dans mes mots, dans mes absences.

Et parfois, je la trouve — fugace, fragile, mais réelle.

Tu vois, tous ces désirs ne sont pas des caprices du cœur, mais des pulsations profondes de l’âme.

 

Marie,

Tu as semé des mots qui continuent de fleurir en moi.

Ton souffle traverse le temps, il me rejoint dans mes nuits blanches, dans mes élans fous, dans mes silences brûlants.

Je t’écris pour te dire merci.

Merci d’avoir donné au désir une voix, une chair, une tendresse.

Je t’écris pour te dire que je désire encore. Et que dans ce désir, il y a ta lumière.

Avec toute ma ferveur,

Nathalie