Serge Labrosse

Sénégal, 14 juillet 2017

Madame Thérèse
Maison de l’enseignement
Montréal, Canada

Bonjour Maman Thérèse,

Je t’écris parce que maintenant je sais écrire. J’ai mis plein de mots sur ce papier pour te faire sourire. J’aime quand tu souris. Mais tu es si loin... Il y a longtemps que tu n’es plus là pour nous faire des câlins ou nous dire « bravo ! » quand on écrit bien. Et j’écris bien, tu vois ? C’est pour ça que je t’envoie cette lettre. Il y a plein de mots dedans et des « x » à la fin — mais ne les lis pas tout de suite : c’est une surprise.

J’écris mieux que l’hiver où tu es repartie au Canada. Mais monsieur Damphousse a corrigé ma lettre parce que, quand même, je fais encore des fautes. Monsieur Damphousse c’est le professeur qui est venu après toi. Je l’aime moins que toi... Il a dit que ça n’était pas grave si je l’écrivais dans ma lettre. Il est quand même gentil, tu vois ? Même s’il est plus vieux que toi et qu’il ne dit pas « bravo ! » quand j’ai un « A » dans ma dictée.

Maman Thérèse, tu nous faisais rire quand tu dessinais au tableau des « o » avec des yeux et une bouche en banane ! Tu avais dit que tu ne nous oublierais pas. Pourquoi est-ce que tu n’as pas écrit, alors ? Monsieur Damphousse a demandé si on voulait, en attendant ta réponse, qu’il nous écrive une lettre. On a dit : « Non. Vous n’êtes pas maman Thérèse. Et vous ne dessinez pas des « o » avec des yeux et une bouche en banane... »

Il a répondu qu’il ne savait pas dessiner les bananes et il a ri — et quand il a ri, il avait une bouche en banane ; c’est drôle, quand même.

Ma grande soeur m’a aidé à écrire la lettre, elle aussi. Et elle aussi s’ennuie de toi. Galilea ne va plus à l’école. Elle travaille, maintenant. Elle a 15 ans. Moi aussi, bientôt, je travaillerai. Maman dit qu’il le faut. Parce que papa ne reviendra pas. Mais avant de travailler, j’aimerais apprendre encore à écrire. Et à lire. Parce que je veux être professeur. Alors j’ai besoin de toi. Parce que monsieur Damphousse s’en ira bientôt. Lui aussi a besoin du froid de ton pays, car il a le visage tout mouillé quand il parle trop. C’est pour ça qu’il ne parle pas beaucoup, je crois.

Maman Thérèse, je vais travailler très fort si tu reviens. Et tu verras : un jour, quand je serai professeur de français, moi aussi, comme monsieur Damphousse, j’irai « mes les geler au Canada », comme il dit.

Je signe mon nom comme tu m’as appris à le faire :

Moïse qui frise xxxx