Serge Labrosse

Madame Geneviève Saint-Onge, éditrice
Les éditions du Temps qui passe

 

Objet :  La mort et mon premier roman

La mort, c’est plein de vie dedans
 - Félix Leclerc

Bonjour madame l’éditrice,

Vous trouverez, ci-joint, le résultat du travail de quelques années d’écriture. Je ne suis pas un jeune auteur, tant s’en faut, mais voici tout de même mon premier recueil. J’y raconte la mort – et pourquoi pas ?

Ça n’est toujours que l’histoire d’une vie, la mort. Il a bien fallu que la première existe pour que survienne la seconde. Voici deux soeurs ennemies. L’une ne va pas sans l’autre. Alors je les raconte l’une et l’autre. La mort surtout, sous ses multiples visages.

Des morts, ici, on en compte une vingtaine. De celles qu’on attrape au passage, au tournant de la vie qui bascule. Des morts qu’on attendait, d’autres qu’on n’a pas vu venir. Des morts auxquelles je  prête vie le temps d’une lecture.

Pourtant, tous les personnages que j’ai créés ne meurent pas.

Prenez Frank, par exemple. J’en fais un tueur à gages. Il est bien vivant, celui-là, bien qu’on ne puisse en dire autant de ceux qui croisent sa route.

Hector, quatre-vingt-dix-huit ans sonnés, persiste aussi. Il vous proposera un porto si vous acceptez son invitation à passer au salon admirer sa galerie de photos de famille – que des morts. Et si vous y restiez pour toujours ?

Le sort de Sébastien, vingt-six ans, est moins clair. Il n’est pas certain d’être encore vivant, pas plus sûr d’être mort et personne ne lui répond quand il pose la question.

Henry, lui, a perdu sa femme et doit refaire sa vie. Pas facile. Rose-Ann et son portrait à l’encre noir, toujours accroché en la demeure, semblent encore si sévères, le regard toujours posé sur lui... Il doit s’affranchir de tout cela. Mais si le bonheur de sa libération devait lui être fatal ?

Que dire enfin du destin d’Antoine. Tout lui est étranger. Cela le trouble. Le jour, la nuit, il crie. Il reste prisonnier. De son lit. De sa chambre. De sa vie oubliée qu’il ne retrouve plus. Nous le surprenons au moment ou d’un pas incertain il va pieds nus dans la neige vers la rivière qui l’appelle, tandis qu’au loin sa famille réunie le cherche dans la nuit.

Lorsque j’ai commencé à écrire ces histoires, celles d’Antoine, Henry, Hector, Sébastien, Frank et tous les autres, je croyais écrire la mort. J’ai longtemps cru d’ailleurs que j’en faisais une fixation. Mais c’est la vie que j’écrivais... La vie en noir ? Peut-être. Mais la vie tout de même, avec ses drames, ses passions, ses peines, ses tragédies... Tout ce qui fait la vie, tout ce qui fait le bonheur d’un lecteur.

J’espère que vous apprécierez la lecture de cet ouvrage.
Veuillez recevoir, madame, l’expression de mes plus vivantes salutations.

Louis Sansregret
475 mots